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La Journée des Dupes

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10 novembre 1630

La Journée des Dupes, le 10 novembre 1630

 

La Journée des Dupes marque le point culminant du combat sans merci pour le pouvoir entre la reine-mère Marie de Médicis et le premier ministre du royaume, le cardinal de Richelieu, avec pour arbitre le roi Louis XIII. Cet épisode a eu pour théâtre la chambre de Marie de Médicis dans son tout nouveau palais du Luxembourg à peine terminé, avec en coulisses, côté cour l'hôtel dit du maréchal d'Ancre, 10 rue de Tournon, qui existe toujours bien que profondément transformé, ainsi nommé parce qu'il avait appartenu à l'ancien favori de la reine-mère, Concino Concini, assassiné en 1617 sur ordre du roi, et côté jardin le Petit-Luxembourg, à droite du palais, qui est aujourd'hui affecté à la résidence du président du Sénat. Le premier servait de résidence parisienne à Louis XIII quand sa mère résidait au Luxembourg, pour pouvoir lui rendre visite plus commodément, et le second au cardinal de Richelieu, en attendant la fin de la construction de son somptueux Palais Cardinal, sur la rive droite, devenu depuis le Palais-Royal.

La crise couvait depuis longtemps. Au départ homme de confiance de Marie de Médicis et, pour cette raison, traité avec méfiance par le jeune Louis XIII, Richelieu sut petit à petit gagner la confiance du roi, ce qui lui fit perdre au fur et à mesure celle de sa bienfaitrice qui en vint à le haïr. Louis XIII se trouvait écartelé entre sa mère, qu'il respectait en tant que telle, et son ministre, dont il appréciait mieux que personne les qualités et surtout la loyauté. Le caractère intransigeant et quelque peu orgueilleux du cardinal (il n'oubliait son appartenance à la plus haute aristocratie du royaume) lui avait valu bien des ennemis qui intriguaient contre lui et se savaient forts du soutien de la reine-mère. À l'automne 1630, elle crut réunies les conditions d'arracher à son fils le renvoi du ministre et de lui imposer ses hommes à elle, dont les frères Marillac. Le 10 novembre au matin elle obtint de Louis XIII qu'il vienne au palais et lui enjoignit de renvoyer Richelieu. Une de ses dames d'honneur était la nièce du cardinal, qu'elle alla aussitôt avertir au Petit-Luxembourg voisin de ce qui se tramait dans le palais. Richelieu résolut de se présenter aussitôt devant la mère et le fils réunis. Connaissant mieux que personne les lieux, il ne mit que quelques minutes pour aller de l'un à l'autre en passant par les jardins et en empruntant des couloirs discrets. Une femme de chambre dévouée à sa nièce lui ouvrit la porte de la chambre de la reine-mère : son irruption n'était pas attendue et fit l'effet d'une bombe. Marie de Médicis, folle de rage, perdit son sang-froid et fit au ministre une scène d'une rare violence, devant un Louis XIII sidéré et incapable de réagir autrement qu'en fuyant brusquement, tandis que Richelieu partait de son côté. Le silence de son fils persuada Marie de Médicis qu'elle avait partie gagnée, et elle commença à manifester bruyamment son triomphe, attirant autour d'elle la foule des courtisans toujours avides de plaire au vainqueur. Elle se trompait lourdement.

Nous connaissons la scène, et ce qui s'en suivit, grâce au grand Saint-Simon, qui en tenait le récit de son propre père, Claude de Rouvroy, premier gentilhomme de la chambre du roi, ami et conseiller intime de Louis XIII qui lui avait demandé de l'accompagner pour cette entrevue qu'il pressentait difficile. De retour à l'hôtel du maréchal d'Ancre, le roi demanda à son favori de lui dire en toute franchise ce qu'il pensait de tout cela. Rouvroy, avec les précautions d'usage, s'efforça de convaincre le roi qu'il aurait tout intérêt à continuer à s'appuyer sur un ministre dont il n'avait jusqu'alors qu'à se louer des services et de la loyauté. Il plaida pour que Richelieu soit conforté dans sa position le plus rapidement possible et osa même évoquer la nécessité, pour que les choses soient claires aux yeux de tous, d'éloigner la reine-mère. Louis XIII écouta, puis partit chasser à Versailles, qui n'était encore que le petit pavillon de chasse où il aimait de reposer des astreintes du pouvoir.

Richelieu se croyait perdu. Les rares amis qui lui restaient lui conseillèrent de rejoindre aussitôt le roi à Versailles pour lui renouveler ses témoignages de dévouement et de fidélité. Ce furent de sages conseils, car il y fut accueilli dans la soirée par un Louis XIII qui avait eu le temps de méditer les propos de Rouvroy. Le cardinal se vit conforter dans sa position de premier ministre, des ordres furent envoyés pour arrêter ses principaux opposants, la reine-mère fut priée de s'éloigner de Paris, avant de choisir de s'exiler tout à fait. L'un des Marillac fut jugé, condamné à mort et décapité en place de Grève, l'autre mourut en prison deux ans plus tard.

Un tel retournement de situation ne passa pas inaperçu et c'est un homme d'esprit, Guillaume Bautru, poète et, à ses heures, agent diplomatique de Richelieu, qui aurait résumé l'événement de la phrase : « C'est la journée des dupes ! ».

Nota : pour en savoir plus sur la Journée des Dupes, on se reportera utilement au livre fort bien documenté de Georges Mongrédien, La Journée des Dupes, publié en 1961 chez Gallimard dans la célèbre collection « Trente Journées qui ont fait la France ».

Jean-Pierre DUQUESNE

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