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Petit journal du confinement - No 10

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25 Mai 2020

Se protéger d’une épidémie à Paris au milieu du XIXe siècle

 

La lecture est une des grandes gagnantes du confinement nous dit-on. Alors profitons-en pour relire quelques-unes des pages récemment numérisées à partir d’ouvrages de la bibliothèque de la Société historique du VIe.


Parmi ceux-ci, un recueil de 4 tomes attire particulièrement mon attention : il s’agit d’un journal, que l’avocat Henri Dabot (1831-1907) a consciencieusement tenu dès 1847, encore lycéen, intitulé Lettres d’un lycéen et d’un étudiant de 1847 à 1854. Puis sous le titre Souvenirs et impressions d’un bourgeois du Quartier latin, il nous livre au quotidien de 1855 à 1869, ses observations et impressions sur la vie politique et culturelle de l’époque, toujours critiques, parfois même saupoudrées de quelques pointes d’ironie, mais toujours avec force détails. Une véritable chance pour nous car l’auteur a toujours habité dans le Ve et le VIe arrondissements.


Dans le contexte actuel, ce passage m’a paru particulièrement éloquent sur la façon dont on pensait, bien naïvement, se protéger des pandémies de petite vérole et de choléra en 1865 : tout l’inverse du « confinement » et de la « distanciation sociale » !

 

Christian Chevalier

 ..........

 

1865, 10 novembre,

 

La nourrice de mon petit Émile attrape la petite vérole. Je prends une voiture pour la faire entrer dans un hôpital ainsi que j'en ai le droit comme citoyen de Paris ; je ne peux la conserver chez moi à cause de mes deux enfants.


Je reste trois heures avec elle, dans cette voiture, courant d'hôpital en hôpital. Enfin, grâce à une lettre du directeur de l'hôpital Saint-Louis, M. Vincent, toujours si complaisant, je parviens à obtenir une place à Lariboisière. Je conduis ma brave Morvandiotte jusqu'au lit où elle se couche.


En sortant de la salle je suis témoin d'un spectacle bien émouvant ; de nombreuses civières chargées de cholériques attendent leur tour pour entrer à l'hôpital. En tout autre moment, j'aurais été épouvanté ; mais alors mon esprit était plein d'une autre crainte ; je me disais : il n'est pas possible que je n'attrape pas la petite vérole ; j'ai respiré l'haleine de cette fille malade pendant trois heures, sans oser ouvrir la fenêtre, ainsi que me l'avait recommandé le médecin. Je vais contaminer toute ma famille. En proie à cette perplexité, je cours, avant de rentrer chez moi, aux bains de la rue du Paon*, là où toute ma famille vient ordinairement se baigner ; je dis au garçon que nous connaissions :

« Je viens de Lariboisière conduire ma nourrice, atteinte de la petite vérole ; je suis resté avec elle trois heures dans une voiture, puis je me suis trouvé au milieu des cholériques, si vous n'avez pas peur de ce mic-mac de choléra et de petite vérole dont je suis saturé, donnez-moi une douche chaude et faites-moi une bonne friction avec un gant de crin. »

— « Ah ! peur, me répond-il, je sors d'en prendre ; depuis ce matin j'ai frictionné trois cholériques. »

Je reculai, prêt à m'enfuir :

« N'ayez donc pas crainte, il ne m'est pas resté de choléra dans les ongles, je me fais doucher par un camarade après chaque friction de cholérique. »

Je risquai le paquet, et après une douche et une friction, une redouche et une refriction, je rentrai chez moi tout dispos et l'esprit tranquille.

 

Henri Dabot

Souvenirs et impressions d’un bourgeois du Quartier latin, de mai 1854 à mai 1869. Péronne, 1899, p.180.

..........

 

*La rue du Paon, ou rue Larrey, a entièrement disparu sous le percement du boulevard Saint-Germain réalisé en 1876, elle rejoignait les rues de l’École-de-Médecine et du Jardinet, comme on peut le voir sur le plan ci-après :

 

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Les bains de la rue du Paon.
Extrait du Plan topographique historique du VIe par Christian Chevalier

F01 - enceinte de Philippe Auguste
F06 – Porte Saint-Germain
B61 – maison de Marat
B60 – collège Mignon
B66 – cloître des Cordeliers
28 – maison des Sociétés savantes
61 – Ecole de médecine
Les deux points indigo marquent deux anciennes tourelles d’angle.



10 2 rue larrey ou du paon 400

La rue Larrey ou rue du Paon, Charles Marville c. 1866.

Source Vergue.com, collection : GDC.


10 3 rue larrey ou du paon bains 400
Extrait de la même image, l'entrée des bains.

 

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