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Petit journal du confinement - No 22

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24 Jui 2020

Une année singulière

 

180 étudiants de 40 pays, de la Chine au Brésil, en passant par le Turkménistan et le Yémen. Nous leur facilitons les études à travers la pratique de la langue française, orale (conversations) et écrite (corrections de travaux universitaires). Nous organisons aussi des activités pour leur faire connaître la culture française et leur proposons des rencontres avec des familles. C’est ce que souhaitait, après la Seconde Guerre mondiale, Marie-Madeleine Renand, professeur d’allemand à Sainte-Marie de Neuilly, pour rapprocher les étudiantes allemandes et françaises, origine de l’association EAAEE (Équipes d’accueil et d’amitié pour les étudiants étrangers) créée en 1951.

À partir du 12 mars, rien de tout cela n’est plus possible, mais il reste l’essentiel : la solidarité et l’amitié qui ne peuvent que se renforcer dans l’adversité commune. Faute d'accueillir les étudiants, nous leur assurons notre soutien et poursuivons notre accompagnement.

D’autant que la situation est difficile pour certains, même si la validité de leurs titres de séjour est prolongée de six mois : isolés dans une chambre de 9 m2, inquiets pour leur famille en Chine, en Corée, au Mexique ou en Iran, incertains de l'avenir en raison du report des examens ou de l'annulation des soutenances de thèse, parfois aussi privés des petits boulots qui leur permettent d'assurer le quotidien.

Peu d’étudiants choisissent de regagner leur pays, ils sont très disciplinés, à l’instar de Yidan :« J’ai décidé de rester avec mes camarades pour affronter cette difficulté. Je suis sûr que la France peut résoudre ce problème. Je respecte les consignes proposées par l’État, je ne sors pas du tout et je fais mes courses une fois tous les dix jours. »

Dès la fermeture des locaux et devant l’impossibilité de poursuivre le travail en présentiel, nous mettons immédiatement en place les corrections à distance afin de ne pas retarder les étudiants en cours de rédaction de mémoire ou de thèse. Nous les encourageons à persévérer et à se concentrer sur leurs travaux malgré l’incertitude de la période. Yi Chiehsuit ces recommandations : « Je travaille régulièrement avec Christiane sur mon mémoire, j’espère de le finir avant la fin juin. Nous discutons aussi le texte par téléphone pour qu’elle puisse m’expliquer directement les modifications, cela marche très bien et cela m'a beaucoup aidée ! On continue jusqu’au bout. »

Nous les incitons aussi à préparer l’avenir : l’animateur en charge de l’atelier « rédaction CV/lettre de motivation » continue de répondre aux sollicitations.

Une vingtaine d’animateurs se convertit au télétravail et s’adapte aux nouvelles modalités, parfois avec le conseil technique des étudiants. Nous sommes autant à leurs côtés qu’ils le sont aux nôtres. Non seulement par leurs messages attentionnés, leurs recommandations de prudence et leur souci de l’intérêt collectif, mais aussi par leurs demandes qui nous rendent un peu utiles. Dans une altérité respectueuse et bienveillante, le temps suspendu paraît moins long à tous.

La facilité d’utilisation des outils numériques permet ensuite d’organiser les conversations entre un animateur et un étudiant, ce qui est très apprécié. Bien sûr, il faut soutenir le moral, orienter dans le système médical français ceux qui sont touchés (sans gravité) par la covid-19. Mais, pour Najah, il est aussi important de parler avec une personne amie que de pratiquer le français. « Je tiens des conversations avec François pour améliorer mon français. Je suis tellement joyeuse de ces conversations à distance. À chaque conversation, j'apprends quelque chose, ce qui enrichit mes connaissances. Je me sens que je suis entourée de ma famille ».

Les deux animatrices de l’atelier-théâtre proposent rapidement de continuer les répétitions –à travers Zoom – de la nouvelle pièce que le groupe vient de choisir, Les pas perdus de Denise Bonal. C’est avec enthousiasme qu’une dizaine d’étudiants répond à l’invitation. « J'aime beaucoup le groupe de théâtre, ça m'aide de travailler le mémoire, la prononciation et parler aux gens, ils sont tous sympathiques. Surtout, j'ai beaucoup apprécié les investissements de temps de Sarah et Valérie. Oui, je suis toujours motivé, j'espère que nous pourrons jouer ». Le souhait de Hieu a été exaucé puisque les scènes étudiées ont été enregistrées le 30 mai, avant le départ de certains membres. Les théâtres sont encore fermés mais le nôtre vous ouvre ses portes avec sa troupe internationale : https://www.youtube.com/watch?v=Mm3Q7U-g73c

Avec le souci de maintenir le lien, une parution quotidienne sur la page Facebook de l’association distille une pastille d’histoire ou de vie française. En guise de sortie culturelle, une vidéo hebdomadaire y présente une promenade littéraire (vous serez heureux d’apprendre que la plus grosse audience a été pour une brève introduction à La Recherche du temps perdu) ou une découverte de Paris. Francesca en est une lectrice assidue : « Je profite de ce moment si délicat, qui unit l’Italie et la France, mais en réalité le monde entier, pour vous écrire quelques mots et pour vous souhaiter des joyeuses fêtes de Pâques. Quand je ne suis pas trop occupée …je me connecte sur la page Facebook des équipes et je suis les interventions toujours très intéressantes…pour les étudiants étrangers. C’est encore une manière d’apprendre et de mieux connaître Paris. Merci beaucoup ! »

La communication passe aussi par un message hebdomadaire destiné aux animateurs et un autre aux étudiants pour donner des informations pratiques, surtout au début où il faut réinventer le quotidien ou guider dans la masse des informations disponibles en ligne. Pour partager les nouvelles, tristes ou heureuses comme celle d’Aischa finalement autorisée à soutenir par visio-conférence sa thèse en linguistique : « Relations de possession et énoncés non verbaux dans le dialecte de Benghazi ». Ou, encore pour annoncer la conférence de Yongsong sur « Les blancs de Chine dans la collection Grandidier » que l’INHA a transmise par Skype afin de ne pas l’annuler.
Nous n’avons pas seulement maintenu vaille que vaille les activités habituelles, mais une véritable dynamique s’est créée. Dès le mois d’avril.

Pedram, un étudiant, a initié un club de lecture qui se téléréunit toutes les deux semaines autour de textes courts afin que le plus grand nombre puisse participer. Ils commencent par des contes parisiens de Maupassant ; des contes de Daudet, des nouvelles de Claude Pujade-Renaud et de JMG Le Clézio sont au programme des semaines suivantes.

L’atelier d’écriture mis en place par une animatrice connaît un tel succès qu’il faut constituer deux groupes, corriger les textes en amont afin que chaque visio-conférence ne soit pas trop longue et puisse être consacrée aux échanges suscités par les rédactions. Certains textes nous ont émus, d’autres amusés ou encore surpris. Jiali a réécrit l’histoire des trois petits cochons dans le monde 4.0 : « Il faut rompre avec la routine. C’est ce que l’atelier d’écriture me permet de faire…Les textes des autres et les propositions de Sarah m’enrichissent énormément. En plus, je suis très heureuse de faire partie d’un groupe et de partager les idées avec les autres pendant le confinement. »

Nous savions déjà que nos étudiants avaient du talent mais ils l’ont encore prouvé en nous envoyant des photos de dessins, de peintures ou de gâteaux (dont un représentant le tableau de Joan Miro, Bleu II…) réalisés pendant le confinement. Les animateurs ne pourront pas faire moins que de leur rendre la pareille : c’est prévu dans le prochain message hebdomadaire et nous espérons que nos créations soutiendront la comparaison !

De manière inattendue, ce mode de fonctionnement à distance n’a pas rebuté les étudiants et certains, jusqu’alors assez réservés, ont même participé à toutes les activités, tel Behzad :« J'assiste toujours à l'atelier de théâtre. Cela m'aide beaucoup pour articuler et prononcer bien les mots et au-delà de ça, on a une bonne équipe et c'est un plaisir de travailler ensemble et se réunir chaque semaine. J'ai écrit une autre page pour cette semaine : pouvez-vous la corriger ? J'ai aussi assisté à l’atelier d'écriture et je le trouve très utile. J’ai toujours des rendez-vous avec Joëlle pour la conversation. Merci d'avoir organisé tout dans cette période de confinement. C'est un grand plaisir pour moi d’être un membre de l'association. »

Évidemment, nous aurions aimé nous retrouver en chair et en os mais nos locaux demeurent fermés jusqu’en septembre. Notre façon de travailler n’est donc pas déconfinée, sûrement parce que le mot ne figure pas dans le dictionnaire ! Des étudiants vont retourner dans leur pays, nous ne les reverrons pas.

Nous garderons le souvenir de cette année particulière vécue, malgré tout, ensemble autour des valeurs de notre association. C’est ce qu’expriment ces témoignages d’étudiants : le plaisir et la force nés du groupe et la richesse du partage.

Nous attendons avec impatience la rentrée pour accueillir de nouveaux étudiants, souvent guidés vers nous par des « anciens ». Nous continuerons d’écrire ensemble l’histoire de l’association.

En 2021 sera fêté son 70e anniversaire et nous serons heureux d’accueillir, le 27 mars, nos voisins du VIe !

 

Jacqueline Birée

Le 9 juin 2020

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